mardi 4 juillet 2017

Pas féminine




L'autre jour, je marchais dans la rue et, passant à proximité de voitures arrêtées au feu rouge, un conducteur m'a interpellée de la sorte: "Eh! Tu te crois belle?"

Rien d'insultant en soi, bien sûr. Ce qu'il faut savoir, c'est que je suis probablement cataloguée comme "garçon manqué" par mon entourage et mes relations.
Et il n'y a rien d'étonnant à cela: de loin (et même de près) on se trompe régulièrement sur mon genre.

Effectivement, j'ai les cheveux très courts. Plus courts que Chris.
Je ne me maquille pas, ne me vernis pas les ongles, porte des vêtements unisexes...

Mais le plus fou, c'est que je me passe de tous ces accessoires dédiés à la féminité par choix... Oui, vous avez bien lu. J'ai choisi de ne pas être féminine.
Donc, ce n'est pas un handicap à la naissance. Ce n'est pas un accident, ni un traumatisme.

Je choisis de ne pas porter de maquillage, ni de me faire les ongles tout simplement parce que cela m'ennuie. Je n'aime pas passer de longues minutes la bouche ouverte tel un poisson hors de l'eau pour me tartiner le visage de produits censés me rendre "plus jolie".
Je déteste avoir de longs ongles. Etant donné mes activités quotidiennes, ils deviennent vite sales et me dégoûtent (cuisiner et rempoter des plantes, ça peut salir les mains).

J'ai choisi ma coupe de cheveux hyper courte. Par souci pratique (vent, casque de vélo, bonnet et autres ne sont plus un problème), mais aussi par souci esthétique. Parce que j'aime les coupes très courtes. Je trouve cela tellement beau sur une femme. La nuque bien dégagée, le port de tête, l'encadrement du visage et la mise en valeur des yeux. Je passe montre en main 5 minutes dans la salle de bain pour me préparer. Et cela me rend heureuse. Je peux vaquer à d'autres occupations, je ne me préoccupe pas de mon apparence.

Je choisis de porter des vêtements unisexes et de ne pas avoir de sac à main. Vous avez bien lu. Je ne porte pas de robes, jupes, talons (malgré mon mètre 54), bijoux voyants et colorés, par choix. A nouveau par souci de commodité, quel que soit le temps, le terrain ou la circonstance, je peux toujours faire face à l'imprévu et être à l'aise dans mes vêtements.
Et toujours parce que je trouve belle cette esthétique androgyne, normcore et simplicitaire.
Les vêtements simples sont les plus beaux, car ils me permettent de faire ce que je veux sans me soucier de mon style. Tout va ensemble, tout est polyvalent et tout est de qualité.

Je m'aime comme je suis, Chris m'aime également, n'est-ce pas le plus important?

Chaque jour je dois affronter le regard  et le jugement des gens, les questions, entre l'amusement et la réprobation.

"Tu devrais t'arranger un peu quand-même, tu serais tellement mieux!"

"Laisse un peu pousser tes cheveux, sois une femme!"

"Une robe te mettrait tellement en valeur!"

"Tu sais, tu aurais plus de clients si tu portais une jupe et des talons."

"Je t'emmène faire tes ongles chez une esthéticienne ce midi."

"Une femme tatouée c'est repoussant."

Je tiens à préciser que la plupart de ces remarques me viennent des hommes.
Je tiens également à faire remarquer que la femme là-dedans, c'est moi. JE définis MA féminité. Je ne juge aucune autre femme, celles qui aiment se maquiller, s'habiller sexy, mettre des boucles d'oreilles rose flashy, porter des talons et partir en vacances avec trois énormes valises.
Je ne suis tout simplement pas comme cela et j'ai fait mes choix en conséquence.

Donc, oui, Monsieur l'automobiliste, je me crois belle. Je me crois libre de mes choix, de faire ce qu'il me plaît de mon corps, d'aimer mes tatouages, mes chaussures plates, mon sac à dos, mes ongles propres et courts, mes cheveux presque rasés et mon visage au naturel. Oui, je suis belle. Nous sommes toutes belles parce que nous sommes libres.