lundi 25 décembre 2017

Joyeux Noël




Depuis un mois, les vitrines des magasins nous le crachent presque au visage. Depuis un mois (en Belgique, depuis même la mi-octobre), les catalogues de jouets, cadeaux, vacances d'hiver, électro-ménagers, opérateurs télécom et autres gadgets nous sortent de notre douce torpeur automnale: c'est Noël

Pas de temps à perdre! Il faut décorer le sapin et la maison, acheter une tonne de nourriture et de boissons, des cadeaux à la pelle pour toute la famille, regarder pour la millième fois les sempiternels films et dessins animés de Noël américains sélectionnés tout spécialement pour l'occasion, rêvasser devant les vitrines des magasins dans le froid et l'humidité, foncer sur les promos de Noël, le black friday et le cyber monday, dépenser des sommes folles en espérant que les autres fassent de même pour soi et pleurer à la fin du mois face à son compte en banque trop rapidement dans le rouge! Vite! Dépêchons-nous!

C'est à cela que les fêtes de fin d'année de la plupart d'entre nous ressemblent. C'est à cela que la société de consommation nous pousse, encore et toujours.

Mais cette agitation, ces dépenses, ses repas gargantuesques et nos bonnes résolutions du premier janvier déjà enterrées nous rendent-ils heureux? 

J'ai lu un jour que le nombre de divorces était en plein boom chaque année pendant et après les fêtes. Que les ventes d'antidépresseurs explosaient et que la plupart des gens revendent tout un tas de cadeaux qui ne leurs plaisent pas sur des plateformes de vente en ligne. J'ai lu que les gens se sentent plus misérables dans les quinze jours qui suivent le premier janvier parce qu'ils n'ont pas réussi à mettre en pratique leurs bonnes résolutions (payer bien cher une inscription d'un an dans une salle de sport dernier cri parce qu'on est "convaincu/e" que cette année on ne lâche pas l'affaire... Cela vous rappelle quelqu'un?). Il paraît que les enfants reçoivent tant de cadeaux qu'après en avoir ouverts trois ils ont déjà oublié quel était le premier (vu de mes propres yeux). Il paraît que chacun/e d'entre nous est gagné par la frénésie de Noël, espère passer un bon moment en famille (image d’Épinal, bonjour!) se forge toute une mythologie du Noël parfait et est souvent déçu/e.

Je ne suis plus une petite fille depuis quelques temps maintenant. Je n'attends plus désespérément le passage de St-Nicolas ou du Père Noël. Avant, ces fêtes se résumaient aux cadeaux que j'allais recevoir. Je pouvais, juste après mon anniversaire (en juillet), donner à mes parents une image d'un jouet quelconque et dire: "Ce sera pour ma St-Nicolas!". Cette planification de cadeaux des années à venir pouvait être modifiée chaque semaine en fonction des publicités que je voyais à la télévision ou des cadeaux reçus par mes camarades de classe. 

A présent j'ai trente ans. Que représente Noël à mes yeux? 

Je ne suis pas croyante. Je ne suis jamais allée à une messe de Noël. Je n'ai jamais suivi le catéchisme, pour tout vous avouer je ne suis même pas baptisée. Que pourrait représenter pour moi une fête envers laquelle je n'ai aucun attachement idéologiqueNoël est devenu universel. Même dans les pays où les chrétiens sont en minorité on le fête. 

Chaque 24 novembre je suis emplie d'excitation et je lance à qui veut bien l'entendre: "Dans un mois c'est Noël!". Le premier décembre je pense à voix haute: "Ce mois-ci, c'est Noël!". Et je connais encore par cœur le générique du "Noël de Mickey" que je chantonne pendant des jours. 

Il y a quelques décennies encore, Noël n'était pas fêté par tous avec des monceaux de cadeaux pour les enfants, des repas à se faire exploser l'estomac ou encore des habits achetés spécialement pour l'occasion. Noël était une fête de l'humilité, une période bénie rappelant à chacun/e la nécessité d'être bienveillant/e envers son prochain. Noël était le moment de l'année où nous étions disposés à faire la paix à être gentils les uns envers les autres. C'était la période où de belles histoires se créaient, où l'ont expiait ses péchés avec une ardeur renouvelée. On portait ses habits du dimanche, on mangeait bien, peut-être mieux que les autres jours (et encore...), on se rendait dans le froid à la messe de minuit et l'on rentrait chez soi après, on se couchait et le lendemain la vie normale reprenait son cours. Mais on se sentait purifié. On se sentait de bonne disposition pour chacun/e. On se faisait la promesse d'être meilleur/e, d'être plus altruiste. 

Tout comme Pâques était au départ le contraire de cette orgie de chocolat que nous connaissons à présent, les fêtes de fin d'année n'étaient pas l'occasion de se mettre "la tête à l'envers" dans tous les sens du terme. Au contraire, il s'agissait de remettre son esprit et ses priorités au bon endroit. 

C'est comme cela que j'envisage la fête de Noël, aujourd'hui. Une occasion de m'améliorer, de faire la paix. De montrer à mon entourage que mes bonnes résolutions, mon envie d'être altruiste envers toutes et tous s'applique à chaque créature sur Terre. Le moment de me montrer agréable envers ma famille, mes amis et mes collègues. 

Et si cette année on profitait de Noël pour se faire du bien et faire le bien autour de soi? Pas en offrant des cadeaux très chers ou en mangeant des mets coûteux et non-respectueux du bien-être des animaux et de la planète. Mais en revenant à la véritable signification de Noël? 
Je ne vous demande pas de vous rendre à la messe de minuit à pied sous la neige, bien entendu. 
Pourquoi ne pas organiser tout simplement un bon repas, simple, avec les personnes qui comptent (vraiment) le plus pour vous? Ne vous sentez pas obligé/es d'inviter des gens que vous n'appréciez pas simplement parce qu'ils font partie de votre famille. Soyez francs envers tout le monde et avant tout avec vous-même. 
Préparez le terrain en expliquant à chaque invité qu'il n'y aura pas de cadeaux matériels, que le moment passé ensemble EST le cadeau que chacun offre aux autres. 
Ne vous sentez pas obligé/es de porter des vêtements peu pratiques juste "parce que c'est les fêtes". Portez des chaussettes épaisses et chaudes, un bon jean dans lequel vous vous sentez bien, un gros pull bien moelleux et voilà! 
Les Danois appellent cela le "Hygge". Ce sentiment de bien-être, d'un moment qui n'est pas troublé par des soucis quelconque, partagé entre amis à table. Voilà ce que représente Noël pour moi: l'amitié et l'ouverture d'esprit.

Joyeux Noël à toutes et tous!