dimanche 29 octobre 2017

Ma vie sans alcool



Il y a un aspect de ma vie dont je parle assez peu, mais qui saute aux yeux de tous dès le moment où je me trouve à une soirée, un apéro ou un dîner entre amis/collègues/membres de la famille: je ne bois pas d'alcool

Pour être plus précise, je n'en ai jamais bu de ma vie. Pas une goutte. 
Lorsque j'étais adolescente, cette affirmation était toujours suivie d'un éclat de rire de mon interlocuteur/trice et de plusieurs remarques faisant clairement comprendre que personne ne me croyait. 

Je serai franche, je n'ai jamais menti ou bu en cachette, tout comme je n'ai jamais fumé une cigarette ou touché à une seule drogue de ma vie. Pourtant, à une époque, ces trois substances me passaient régulièrement sous les yeux, dû à la vie de mon copain de l'époque. J'ai passé des soirées à rire et m'amuser avec des gens qui étaient complètement bourrés, défoncés au cannabis ou à la cocaïne parfois et qui fumaient en plus quelques paquets de clopes par jour. Et je n'ai jamais eu envie de toucher à quoi que ce soit. En réalité, la substance la plus dangereuse que j'aie jamais ingérée de ma vie est ma pilule contraceptive, c'est dire. 

Comment expliquer ce phénomène? 

Mon histoire personnelle a fait beaucoup pour me dégoûter de l'alcool et de la cigarette. Je ne rentrerai pas dans les détails.

Mais je crois que ce qui m'a le plus influencée, ce sont mes lectures. Ne riez pas. 

Jeune, je n'étais pas le genre à me faire facilement des amis, je passais donc la majeure partie de mon temps libre dans les livres. Dès que j'ai pu aligner quelques lettres et les comprendre, j'ai commencé à déchiffrer les textes qui se présentaient à moi. Tous, sans exception. Mon modèle était le petit Marcel Pagnol du film "La Gloire de mon Père" qui apprenait à lire très jeune car sa mère le déposait au fond de la classe de son papa pendant qu'elle sortait. 
La lecture m'est tout de suite apparue comme le moyen parfait pour échapper au quotidien, vivre des centaines de vies en une seule, voyager aux quatre coins de l'Univers, apprendre, découvrir, m'ouvrir l'esprit. Et c'est ce qu'il s'est passé. 

Les livres de la littérature dite "de frontière" m'ont énormément mise en garde contre les dangers de l'alcool. Ces livres ont pour cadre la conquête de l'Ouest et la découverte de l'Amérique. Les scènes décrivant des villages amérindiens ravagés par "l'eau de feu des blancs" m'ont beaucoup marquée. 

Je pense être une personne ouverte d'esprit et je n'ai d'ailleurs jamais empêché quelqu'un de boire, fumer ou se droguer. Je pars du principe que chacun est assez grand et mature pour comprendre ce qui est bon pour soi ou ce qui est néfaste à plus ou moins long terme. 

L'alcool est indissociable de notre société. On le voit partout, dans toutes les fêtes, mariages, rencontres, dîners... 

Comment suis-je passée à travers les mailles du filet? 

Tout simplement, l'alcool fonctionne comme un répulsif pour moi. Je ne peux pas prendre une bouteille de vin ouverte ou un verre de bière plein à pleine main. Je prends ces objets du bout des doigts. Je sais que cette réaction est purement psychologique et que ce n'est pas une goutte sur ma peau qui me rendra alcoolique, mais je ne peux pas m'en empêcher. 

C'est physique. Je n'aime pas l'odeur des boissons alcoolisées (et pourtant, on m'en en a fait sentir des verres en me disant: "Sens, ça te donnera envie!"). 
Si un dessert comporte une part infime d'alcool, je le sens avant même d'en prendre une bouchée. Et on aura beau me dire: "Il y en a très peu, à peine quelques gouttes." Ça ne passera pas. 
Le comble c'est lorsqu'on me demande de "juste tremper mes lèvres" dans un verre pour une occasion spéciale. Comme si j'avais fait vœu d'abstinence et que parce que c'est Noël, je peux bien briser mon serment et boire un verre. Comme si je l'avais déjà fait par le passé.
Les hôtes bien intentionnés me proposent souvent des boissons non-alcoolisées pour enfants comme du Champomy ou du Kidibul. Et lorsque je répond "Non merci, un jus de pomme ou un verre d'eau ce sera parfait.", on me fait comprendre que ce n'est pas "festif". 

Je trouve ces attitudes très bizarres. En quoi ne pas boire d'alcool est-il un problème? On dirait que si je ne bois pas au moins quelque chose qui a l'aspect du champagne, je ne participe pas vraiment à la fête. 
Je participe, croyez-moi. Je m'imprègne de l'ambiance, je ris, je discute, j'apprécie le repas. La différence c'est que je n'ai jamais eu besoin de boire pour considérer une soirée comme "réussie". 
Je n'ai jamais eu besoin de noyer mon chagrin, de fêter ma réussite scolaire ou mon CDI en faisant la tournée des bars. A la fin des soirées, c'était moi qui rangeais, qui mettais tout le monde dans son lit et qui partait dans le petit matin me coucher sans avoir la gueule de bois le lendemain au réveil.

Mes interlocuteurs me regardent parfois d'un air affligé, comme si je ratais quelque chose d'extraordinaire. Vous ne devinerez jamais. Ça ne me manque pas. Je n'en ai pas envie. Et mon existence se porte à merveille comme cela. 
Cessez de vous tracasser, je vais bien. 

Je sais que je ne suis pas exactement comme tout le monde et je sais que parfois, quand je fête quelque chose avec un groupe de personnes et que nos verres se lèvent, mon eau ou mon jus de fruit attire sur moi des regards mi-gênés, mi-réprobateurs.  

J'ai passé des soirée fabuleuses dans mes livres pendant que les jeunes de mon âge arpentaient les rues en se tenant par les épaules, en chantant et en s'accrochant aux lampadaires dans les rues, ivres morts. Quand, le lundi matin, chacun comparait l'étendue de ses trous de mémoire ou la quantité de vomi, j'étais exclue de ces conversations et ça m'allait très bien comme cela. 

Ma vie n'est pas triste ou grise sans alcool. Certes, je n'ai pas réellement choisi cette répulsion et peut-être que tout aurait pu être différent. Mais je suis heureuse comme je suis. Je respecte mon corps pour ce qu'il est: ma seule demeure certaine jusqu'à la fin de mes jours. 

Je ne juge personne, je peux simplement vous dire que vous n'avez pas besoin d'alcool pour vous désinhiber, pour oublier, pour fêter un événement. Vous n'avez pas besoin de cela pour vivre à fond un bon moment. Essayez, vous verrez que c'est plus facile qu'on ne veut le croire.